Théororic le Grand (454-526), et les derniers rois Ostrogoths
Roi des Ostrogoths (474-526).
Fils du roi Théodemer, vassal d'Attila, et d'une concubine, Théodoric prétendait être issu de la lignée des Amales, qui était la première famille royale des peuples goths. Il passa les premières années de sa jeunesse en Pannonie, où les Ostrogoths venaient d'être installés comme fédérés de Rome à la suite d'un traité conclu en 454.
Les Ostrogoths se révoltèrent en 458-459, pillant la Dalmatie. Mais les Romains, alors confrontés aux Vandales de Genséric, cherchèrent à se réconcilier avec leurs fédérés : ils acceptèrent de leur verser de l'or en échange de l'arrêt des pillages, traité qui fut garanti par l'envoi du jeune Théodoric à Constantinople, où il resta otage jusqu'en 471. Cet épisode fut décisif dans sa formation: en effet, il était le plus romanisé des chefs barbares, le plus sensible au prestige de la civilisation gréco-romaine.
Revenu en Pannonie, il succéda à son père en 474. Il usa alors de ses relations à Constantinople pour obtenir de meilleures conditions de vie pour son peuple, qu'il put installer dans la riche Macédoine. Ses rapports avec l'empereur Zénon furent équivoques. L'empereur en fit l'un de ses généraux, l'éleva au rang de patrice à l'instar du roi des Hérules, Odoacre, qui gouvernait à Rome, mais Théodoric gardait son indépendance. Tour à tour son allié ou son adversaire, il chercha à se rendre indispensable tout en obtenant le maximum d'avantages pour les Ostrogoths.
Pour Zénon, Théodoric fut un partenaire encombrant et incommode, dont il ne put cependant se passer: ce fut, en effet, le roi ostrogoth qui aida l'empereur à vaincre un usurpateur en Asie Mineure (485) ; mais, en 488, Théodoric n'hésita pas à marcher sur Constantinople pour demander de nouvelles terres pour son peuple, qui subissait alors les incursions des Bulgares. Zénon lui suggéra alors de s'installer en Italie ; par ce moyen, il se débarrassait de lui en le lançant contre Odoacre, maître de Rome depuis 476, et visait à maintenir l'autorité nominale de l'empire sur l'Italie.
A l'automne 488, les Ostrogoths quittèrent les Balkans et arrivèrent en Italie du Nord au printemps. Odoacre résista jusqu'en mars 493 dans Ravenne assiégée, avant d'être assassiné traîtreusement par son rival. Maître désormais d'un espace qui incluait la Dalmatie, la Pannonie, le Norique, la Rhétie et l'Italie, Théodoric voulut officiellement ressusciter l'Empire romain d'Occident, selon la promesse de lui déléguer ses pouvoirs faite par Zénon, promesse que l'empereur ne tint cependant pas.
Théodoric, roi en Italie par la volonté des seuls Ostrogoths, ne chercha jamais à se soustraire à l'autorité nominale de Constantinople. Cependant, malgré sa culture romanisée, il restait un Barbare, et les relations avec Anastase Ier, successeur de Zénon en 491, furent parfois difficiles.
En 497, Anastase finit cependant par confirmer Théodoric dans ses pouvoirs. Installé à Ravenne, sa capitale, dont il fit un brillant foyer de culture, Théodoric défendit l'Italie impériale contre les Vandales d'Afrique, contre les Francs en Provence, contre les Gépides et autres peuples en Dalmatie. À l'intérieur du royaume, il fit prévaloir une solution dualiste: dans son résumé de l'Histoire des Goths de Cassiodore, l'historien Jordanes affirme que Théodoric régna «en qualité de roi des Goths et des Romains».
Les Germains ont une mission militaire: défendre l'Italie et assurer l'ordre. Théodoric les installe par groupes compacts, dans le nord du pays et hors des villes, ce qui permet, en outre, de préserver la cohésion et la personnalité des Goths, peu nombreux. Les Germains sont soumis à l'autorité des comtes des Goths, à la fois juges et chefs militaires. Aux Romains sont dévolues les œuvres de paix. L'administration impériale, le Sénat, l'organisation municipale romaine sont maintenus. L'aristocratie romaine prête loyalement son concours : Boèce, Cassiodore, Symmaque, les derniers grands écrivains de l'Antiquité, sont aussi des hommes de gouvernement. Ravenne, la capitale, accueille les chefs militaires goths et les administrateurs romains. Théodoric fait agrandir et embellir la cité: le palais avec l'église Saint-Apollinaire-le-Neuf, le baptistère des ariens, le mausolée.
Théodoric eut des vues politiques très larges, à l'échelle de l'Occident, dans le but de défendre son État et de lui assurer la suprématie sur les autres royaumes germaniques. Pour cela, il développa une politique d'unions matrimoniales entre sa famille et les souverains d'Occident, se mariant avec une sœur de Clovis vers 492. Mais, n'ayant pas les moyens militaires d'une conquête, il chercha à imposer son arbitrage pour établir un équilibre entre les États. Il tenta d'éviter la guerre entre Clovis et les Wisigoths, mais, n'ayant pu empêcher la victoire des Francs, il intervint militairement pour sauver du désastre le royaume wisigothique et contraindre Clovis à renoncer à l'ouverture sur la Méditerranée.
Il maria vers 515 sa fille Amalasonte, qui lui succédera à sa mort, au roi wisigoth Eutharic, descendant d'Hermanaric, un puissant roi qui avait su s'émanciper de la domination des Huns. Ainsi, Théodoric, devenu le plus puissant des Barbares d'Occident, tendait à se poser en fondateur d'une nouvelle dynastie gothique.
Mais l'œuvre de Théodoric resta une réussite personnelle, donc précaire. Vers la fin de son règne, sa politique religieuse – il était arien dans une Italie catholique –, pourtant d'une sagesse remarquable, finit par lui attirer des ennemis. À Constantinople, l'arrivée au pouvoir de Justinien, associé à Justin depuis 519, entraîna un changement d'attitude à son égard : les Byzantins pensèrent à la reconquête. Cela eut des répercussions en Italie, où l'exécution de Boèce, suspecté de comploter à la restauration de l'autorité de l'empereur byzantin, témoigne d'une dégradation du climat. Avec les rois germains, le conflit survint notamment du fait de leur conversion au catholicisme, qu'il s'agisse du Burgonde Sigismond, du Vandale Hildéric ou de la lignée franque de Clovis.
Après la mort de Théodoric, la politique pro-romaine d'Amalasonte entraînera la révolte des Goths et la rupture de l'alliance des rois germains ; l'État ostrogothique sera détruit: son échec est celui de tous les États barbares restés fidèles au cadre romain.
Les derniers rois Ostrogoths, au début du moyen-âge
469
474
Théodemir
Dynastie des Amales. Vassal du roi Attila des Huns, il régne conjointement avec ses deux frères. Il se marie avec Erelieva Erchiva Crelieva (440-500), avec qui il a quatre enfants, dont son successeur, Théodoric le Grand
474
526
Théodoric le Grand
-
526
534
Athalaric
Né en 516 - mort le 2 octobre 534. Petit-fils de Théodoric le Grand, devint roi des Ostrogoths en Italie à la mort de son grand-père.
534
536
Théodat
Neveu de Théodoric le Grand par sa sœur, Théodat pourrait être arrivé en Italie avec lui en 489. Il prend pour épouse sa cousine Amalasonthe, veuve, qu'il fit par la suite étrangler dans une île du lac de Bolsena. Vitigès a commandité son assassinat pour lui succéder.
536
540
Vitigès
Vitigès est monté du trône de l'Italie au milieu de la guerre gothique, alors que Bélisaire (Général de l'empereur Byzantin Justinien) s'était emparé de la Sicile l'année précédente et se trouvait alors dans le sud de l'Italie. Après son accession au trône, Vitiges se marie avec Mathesuentha, fille de la princesse Amalasonte. Le panégyrique sur ce mariage (en 536) a été conservé. A la fin de l'année 536, il vend la Provence aux Francs. Bélisaire capture finalement Vitigès et Mathesuentha et les emprisonne à Constantinople. Vitigès meurt sans enfant, et Mathesuentha épouse Germain, cousin de l'empereur.
540
541
Ildebad
Choisi pour remplacer Vitigès, Hildebad règne environ un an avant d'être assassiné par un Gépide (les Gépides sont un peuple germanique), lors d'un banquet.
541
541
Éraric le Ruge
Il succéda à Hildebad après l'assassinat de celui-ci. Il fut à son tour assassiné par un membre de sa propre garde royale, assassinat vraisemblablement organisé par son successeur Totila, neveu supposé de Hildebad.
541
552
Totila ou Baduila l'Immortel
Remporte des succès sur les Byzantins, prend, perd, reprend Rome, avant d'être tué après sa défaite à Tiginae. La mort de Totila marque le début de la fin de la domination des Ostrogoths en Italie.
552
553
Teias
Dernier roi des Ostrogoths d'Italie (552). Vaincu et tué par les Byzantins sur les flancs du Vésuve (Bataille du mont Lactarius) en 553. Il se peut qu'il n'ait jamais été considéré comme un roi mais plutôt comme un simple chef de guerre, partisan du roi Totila
553
562
Widhin
Dernier chef attesté (non roi) des Ostrogoths survivants. Dirigeant les dernières bandes gothiques, il se révolte à la fin des années 550 avec une aide militaire minimale composée de Francs et d'Alamans. Le soulèvement est sans conséquences : les Ostrogoths se soulevent à Vérone et à Brescia mais la révolte prend rapidement fin avec la capture de son chef, en 561. Widhin est finalement conduit à Constantinople pour y être exécuté en 561 ou en 562.