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La Praguerie (1440)


La Praguerie (1440) est une révolte menée par les grands vassaux de France contre les réformes militaires du roi Charles VII.
A dix sept ans, l'héritier de la Couronne, le futur Louis XI, fait preuve d'une irrésistible impatience de régner. Si le père et le fils n'ont jamais été très proches, leurs relations sont de plus en plus conflictuelles. L'hostilité latente qui les dresse l'un contre l'autre va insensiblement, mais irrémédiablement, tourner à l'affrontement.

Le père, Charles VII, et le fils, le dauphin Louis, futur Louis XI, ne s'entendent guère. Le dauphin est d'une intelligence remarquable. Impatient de régner, il reproche à son père un manque d'énergie politique, de son inactivité et de son inaction. En outre, il ne peut souffrir Agnès Sorel, la favorite en titre, dont il juge l'influence néfaste. Surtout, il ne peut supporter de voir sa mère, la reine Marie qu'il aime profondément, publiquement humiliée. Enfin, Louis a réclamé le Dauphiné, mais tout ce que le roi lui accorde est une pension et le titre honorifique de lieutenant général du Languedoc. L'amertume va tourner à la révolte.

L'affaire de la Praguerie (ainsi appelée en référence à la grande révolte de Prague, ou révolte des hussites, en Bohême, en 1419) commence avec la publication d'une ordonnance royale de 1439. En octobre de la même année, les États généraux réunis à Orléans avaient réclamé qu'on mette fin aux exactions des " écorcheurs ", troupes de soldats sans solde qui ravageaient les campagnes et proposaient leurs services au plus offrant. L'ordonnance vise donc à la réorganisation de l'armée et de la noblesse : désormais, seul le roi a le droit de lever les troupes. Les seigneurs qui entretiennent des garnisons ne peuvent plus les employer à leur convenance. Violemment hostiles à la réforme, les Grands du royaume n'entendent pas se laisser ainsi spolier. A l'instigation d'Alexandre, bâtard de Bourbon, ils forment une ligue, que le dauphin rejoindra bientôt.

Les rebelles quittent la Cour, qui séjourne à Angers, et se rendent à Blois, avec le projet d'enlever le roi et de le remplacer par son fils. Mais, averti du complot, Charles VII a le temps de se réfugier à Amboise où Richemont, qu'il a appelé à l'aide, vole à son secours. Après avoir été battue par les troupes royales en Poitou, la Ligue gagne la Marche et l'Auvergne. Mais, mal organisés, et privés des routiers, les rebelles sont bientôt forcés de faire leur soumission. En juillet, la révolte a vécu et la paix de Cusset y met définitivement un terme. Le roi pardonne à la plupart des trublions, à l'exception notable d'Alexandre de Bourbon, tenu pour l'instigateur du mouvement, qui est mis à mort. Quant au Dauphin, il est prêt à se soumettre... contre l'octroi du Dauphiné, du Languedoc, de l'Ile-de-France et d'une pension. Charles VII, accepte de donner suite à ses requêtes... à condition que Louis implore son pardon. Et celui-ci n'y consent que de fort mauvaise grâce.
La Praguerie matée, Louis n'en reste pas moins fort hostile à son père. Dans les années suivantes, il ne va pas tarder à se révolter de nouveau.