L'abbaye féminine de Port-Royal, située en vallée de Chevreuse, fut fondée en 1204 et devint cistercienne en 1225. A la fin du XVIe
siècle, elle entra dans l'orbite des Arnauld, famille de magistrats parisiens. A partir de la fameuse "Journée du Guichet" de 1609, la jeune Mère Angélique Arnauld,
influencée par le milieu dévôt issu de la Contre-Réforme catholique et en particulier par François de Sales, Vincent de Paul puis l'abbé de Saint-Cyran,
entreprit de moraliser les moeurs de son monastère. Avec sa soeur Agnès qui fut également supérieure du couvent, Angélique Arnauld marqua profondément
Port-Royal jusqu'à sa mort en 1661.
Pour fuir le climat insalubre du vallon, les deux soeurs déménagèrent les religieuses en 1625 dans un nouveau couvent qu'elles firent construire à Paris (aujourd'hui
la maternité de l'hôpital Cochin). Sous l'influence de Jean Duvergier de Hauranne, d'Antoine Singlin et d'Antoine Arnauld, Port-Royal devint d'autant plus un foyer de
jansénisme que sur le site abandonné des Champs s'installèrent les Solitaires, laïcs austères désireux de vivre leur foi en retrait du monde et fortement
marqués par la théologie augustinienne. Ceux-ci menèrent une expérience inédite d'enseignement, les "Petites Ecoles", dont bénéficia notamment
le jeune Jean Racine.
La crise du jansénisme éclata dans les années 1640 et se fit plus aiguë à partir du règne personnel de Louis XIV, en 1661. Les religieuses furent
persécutées, les Solitaires expulsés, les deux monastères durent se scinder. Malgré une acalmie d'une trentaine d'années, l'abbaye de Port-Royal des
Champs connut une seconde vague de persécution au début du XVIIIe siècle qui s'avéra fatale : les religieuses furent expulsées en 1709 et les murs
détruits en 1711.
De l'abbaye de Port-Royal des Champs, il ne reste aujourd'hui qu'un pigeonnier, quelques fondations, un paysage et une atmosphère riche en évocations...