Philippe V est roi de France et de Navarre de 1316 à 1322. A la mort de Louis X, la reine Clémence est enceinte : elle donne naissance à un garçon, qui devient Jean 1er,
et la régence est naturellement confiée au prince Philippe. Or, Jean ne survit que cinq jours, ce qui place la dynastie capétienne dans une situation inédite : l'absence
d'héritier mâle… et la présence d'une héritière, Jeanne, issue du premier mariage de Louis X.
On a beaucoup glosé sur la minorité de Jeanne (qui n'est pas un obstacle à la continuité dynastique), sur sa filiation douteuse (ce qui relève de la calomnie),
sur la loi salique (bien plus tard), mais le seul argument qui tienne à peu près, c'est le risque de basculement du royaume dans un domaine étranger (par mariage). Toujours
est-il que Philippe profite de sa position de régent pour prendre de vitesse les grands féodaux qui lui contestaient le pouvoir : il neutralise habilement ses opposants au Grand
Conseil en renforçant le pouvoir de l'institution (pouvoir de nomination aux offices, droit de grâce, contrôle fiancier…). Une fois couronné, il n'aura de cesse de
légitimer son pouvoir en s'appuyant sur ce qu'on peut appeler des corps intermédiaires : il réunit plusieurs fois des Etats Généraux (ou quasi), une
assemblée des pays de langue d'Oïl (Paris 1317), une assemblée des pays de langue d'Oc (Bourges, 1317), une assemblée des villes de bailliage (1318), une assemblée
des villes de sénéchaussée (1319) ; il consulte les bonnes villes sur la monnaie (1318), confirme les privilèges.
Philippe V est un roi actif, pragmatique et réformateur : il organise le Trésor, confié à Giraud Gayte. Par l'ordonnance de Vivier-en-Brie (1320), il crée la
Chambre des comptes qui deviendra la Cour des comptes. Il regroupe ces deux administrations sous l'autorité d'Henri de Sully, grand bouteiller de France. Il parvient à imposer une
monnaie unique pour le royaume, malgré les oppositions ; il tente de normaliser les poids et mesures…
La seule véritable ombre au tableau est l'effroyable persécution des lépreux et des Juifs, orchestrée par les deux ordonnances royales de 1321, qui accréditaient
la rumeur selon laquelle les lépreux auraient empoisonné les puits par l'entremise des Juifs ! Déjà en 1320, il n'avait pu empêcher la révolte des
Pastoureaux de massacrer des milliers de Juifs en Aquitaine…
Quand Philippe V meurt, sans doute de la dysenterie, il laisse lui aussi la dynastie sans héritier mâle….