Philippe II est roi de France du 18 septembre 1180 au 14 juillet 1223. C'est sous son règne que l'expression "Roi de France" remplace explicitement "Roi des Francs", bien que l'usage
de "Roi des Français" soit également en usage. Le surnom " Auguste ", donné par le moine Rigord, renvoie aux qualités militaires et diplomatiques de Philippe, qui
vaudront au domaine royal de renverser l'équilibre auparavant favorable au roi d'Angleterre.
Héritier inespéré, roi à quinze ans, marié à une fille de dix ans, Philippe Auguste va montrer rapidement de réelles aptitudes au pouvoir et une
réelle soif d'indépendance, dès avant la mort de son père. Et aussi le sens des affaires, puisqu'une de ses premières décisions sera l'expulsion des
Juifs et la confiscation de leurs biens donc de leurs créances sur la royauté (à partir de 1180). L'interdiction du territoire durera officiellement jusqu'en 1198.
Comme tous les rois de France qui vont suivre jusqu'au XV siècle, Philippe va devoir affronter les Plantagenêts, et pour commencer, le vieil Henri II. Et l'arme principale du
souverain Français se trouve être un autre Plantagenêt, Richard, héritier du trône d'Angleterre depuis la mort de son frère aîné Geoffroy
(1158-1187), en conflit avec son père. Cette arme sera décisive, puisqu'elle aboutira à la " paix honteuse " d'Azay-le-Rideau (1189), imposée à Henri II juste
avant sa mort.
Le nouveau roi Richard 1er Cœur-de-Lion et Philippe-Auguste sont les meilleurs amis du monde quand sonne l'heure de la deuxième croisade Après un long séjour commun en
Sicile, à Messine, dans l'attente des beaux jours, le climat s'est déjà dégradé ; en Terre Sainte, à la mort du comte de Flandre (lors d'un
siège), Philippe abandonne Richard et rentre s'occuper de l'épineuse succession : par la désignation de Baudouin, le comte de Hainaut et d'habiles tractations successorales,
les positions royales dans le Nord du pays se trouvent renforcées, sans une goutte de sang versé !
C'est alors qu'intervient le curieux mariage avec Ingeburge, sœur du roi de Danemark Knud IV (14 août 1193). On ne sait ni pourquoi elle a été choisie, alors que son
intérêt "géopolitique" n'est pas évident, ni pourquoi elle a été répudiée dès le lendemain !
Quand Richard est capturé à son retour de croisade, Philippe va rejouer "Plantagenêt contre Plantagenêt", une technique éprouvée : il contacte et
soutient Jean qui tente d'usurper le trône de Richard, s'opposant ainsi à sa mère, Aliénor d'Aquitaine. Le roi de France va même jusqu'à envahir la
Normandie
Le retour de captivité de Richard marque le début d'une période noire pour Philippe-Auguste. En 1194, c'est la défaite de Fréteval : l'armée du roi est
en déroute et ses archives tombent aux mains des Anglais. En 1196, le troisième mariage de Philippe, avec Agnès de Méranie, n'est pas reconnu, l'église n'ayant
pas statué auparavant sur l'annulation de l'union avec Ingeburge ; la même année, Richard commence la construction de la forteresse de Château-Gaillard. L'année
1198 s'annonce pire encore La succession impériale voit en effet triompher le candidat de Richard, Otton de Brunswick, face au candidat du roi de France, Philippe de Souabe ; sur le
terrain militaire, les revers succèdent aux revers, dans le Nord comme en Normandie, puis dans le Sud-ouest. La mort de Richard au siège de Chalûs sonne le début du
redressement.
Richard Cœur-de-Lion est mort sans héritiers, de sorte que deux successeurs sont possibles : Jean, son frère cadet soutenu par Aliénor, et Arthur, son neveu (fils de
Geoffroy) soutenu par le roi de France. Cette tactique de division va de nouveau s'avérer modérément payante, et c'est un incident (pour l'époque) qui va
accélérer les choses : le rapt d'Isabelle d'Angoulême, pour empêcher un mariage qui aurait rapproché deux vassaux turbulents, le comte d'Angoulême et le
comte de la Marche. Jean refuse des dispositions compensatoires, allant même jusqu'à envahir la Marche : le litige est porté devant le suzerain commun, Philippe-Auguste, qui
convoque Jean, qui se dérobe. Le roi de France confisque alors les fiefs français de Jean, et en prend possession par la force, aidé d'abord par le parti d'Arthur, puis
à la suite du probable assassinat de celui-ci, par les multiples défections côté Anglais. La victoire est totale (1204) : seul le Poitou échappe encore à
Philippe.
Les succès continuent ensuite de s'enchaîner pour la couronne de France, et bientôt se dessine une coalition, entre Jean (désormais Jean-Sans-terre), l'empereur Otton
IV de Brunswick, et divers féodaux. Jean est défait à la Roche-aux-Moines ; les coalisés sont écrasés à Bouvines, le 27 juillet 1214. Triomphant,
Philippe ira même jusqu'à revendiquer le trône d'Angleterre pour son fils Louis, dont l'expédition outre-manche se soldera par un échec.
Quand Philippe-Auguste s'éteint en 1223, la royauté française est transformée, affermie, puissante et riche.
La croisade contre les Albigeois (1208-1249) est une croisade proclamée par l'Église catholique contre l'hérésie, principalement le catharisme et dans une faible
mesure le valdéisme. Probablement envisagée de longue date, elle prend pour prétexte l'assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau.
Raimond-Roger Trencavel, à la tête d'une des deux grandes familles du Languedoc, décide de faire face, alors que le comte de Toulouse Raymond VI
s'incline. Une fois Béziers et Carcassonne prises et le vicomte Trencavel emprisonné, les croisés désignent l'un des leurs, Simon de Montfort, pour poursuivre la lutte
(1209). Cette croisade évolue rapidement en guerre de conquête, d'abord pour le compte de Simon de Montfort, puis après la mort de ce dernier (1218) et l'échec de son
fils Amaury, pour le bénéfice de la couronne. Parallèlement se poursuit la lutte contre le catharisme, d'abord sous la direction des évêques locaux, puis sous
celle de l'Inquisition (à partir de 1233).
Finalement, les vicomtés de Carcassonne, d'Albi et de Béziers sont annexées au domaine royal en 1226 ; le comté de Toulouse passe à Alphonse de Poitiers, avant
d'être annexé en 1271. Le Languedoc est entièrement passé dans la sphère d'influence du roi de France. À cette époque, le catharisme est éradiqué en Languedoc.