Philippe 1er est roi de France de 1060 à 1108. Pendant sa minorité, jusqu'en 1066, la régence est assurée par le Comte de Flandre Baudouin (son beau-frère),
l'archevêque de Reims (Gervais), et Raoul de Crépy (son beau-père depuis le remariage d'Anne de Kiev). Le seul événement notable durant la régence est la
conquête de l'Angleterre par Guillaume, Duc de Normandie. Si cette conquête est lourde de menaces pour le royaume Capétien, l'absence de troubles intérieurs et
d'intrigues montre que la dynastie a acquis une légitimité réelle.
L'analyse historique traditionnelle a toujours eu tendance à noircir le règne de Philippe 1er, notamment parce que les sources se focalisent sur ses démêlés
avec l'Eglise, qui ne sont pas des querelles politiques mais une condamnation des mœurs du roi. En revanche, l'analyse de la production de la chancellerie, en volume
comme en qualité, montre une évolution positive de l'autorité royale ; le développement de l'écrit dans l'administration (mandements, diplômes) et
l'extension de son rayon d'action, attestent du redressement du pouvoir central. Le règne de Philippe se caractérise également par une politique d'extension du domaine royal,
principalement par l'acquisition légale : des achats que permet une conjoncture économique favorable. Au fil des querelles de succession et des opportunités diverses,
Philippe s'empare donc d'une partie du Vermandois, du Gâtinais (1068), de Corbie, du Vexin français (1077), de la vicomté de Bourges et de la seigneurie de Dun-le-Roi (1101).
Les relations avec les puissances voisines se limitent presque exclusivement à la Flandre (comme alliée) et la Normandie (comme ennemie). Malgré la supériorité
écrasante de Guillaume le Conquérant, Philippe parvient, bon an mal an, à préserver le royaume, et la mort du Duc lui offre un répit, notamment du fait de
l'opposition entre les deux fils du Conquérant, Guillaume II et Robert Courteheuse.
La fin de règne est assombrie par une affaire de mœurs qui va dégénérer en conflit entre l'Eglise, en pleine réforme, et le roi. Vers 1092, le roi fait
la connaissance de Bertrade de Montfort, épouse du Comte d'Anjou Foulque IV. Il l'enlève peu après, répudie sa femme légitime Berthe de Hollande (qui lui a
pourtant donné un héritier et une fille), et épouse Bertrade. En forçant un peu la main de l'achevêque de Reims et celle de l'évêque de Senlis. Or,
ce qui aurait pû apparaître comme bénin (sinon banal) une ou deux générations plus tôt, se heurte de plein fouet à la réforme de l'Eglise, qui s'appuie
notamment sur le caractère sacré et indissoluble du mariage Le roi est excommunié en 1094 au concile d'Autun, puis par le pape Urbain II lui-même en 1095. L'interdit
est ensuite prononcé contre le royaume en 1096. Philippe ne pourra donc participer à la première croisade. Plus tard, s'étant engagé à se séparer de sa concubine,
Philippe obtient la levée de son excommunication par le pape pascal II, mais Bertrade restera auprès de lui jusqu'à sa mort.
Sur les dernières années, le futur roi Louis s'impose dans la conduite des affaires. Le 29 juillet 1108, Philippe Ier meurt au château royal de Melun après ce qui
restera comme le plus long règne du moyen-âge. Ne voulant pas, en raison de ses fautes, être enterré à côté de ses ancêtres en la basilique de
Saint-Denis, il a demandé à être inhumé dans l'abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire. Bertrade de Montfort, à trente-huit ans, prend le voile
à l'abbaye de Fontevraud.