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Les Omeyyades d'al-Andalus, emirs (756 - 929) puis califes (929 - 1031)

Au début du VIIIe siècle, les contingents arabo-berbères atteignirent les terres situées en bordure de " l'Océan environnant " (l'Atlantique) et tuèrent sur le champ de bataille le dernier roi wisigoth d'Hispania : une nouvelle ère s'ouvrait dans l'histoire de la péninsule Ibérique, sous le nom d'al-Andalus. Ce qui fut l'une des dernières provinces annexées par le califat de Damas allait devenir au cours des siècles suivants l'État le plus puissant de la Méditerranée occidentale, capable d'affronter successivement les Carolingiens et les Fatimides et de maintenir des relations diplomatiques privilégiées avec Byzance. La famille omeyyade ne pouvait pas imaginer non plus que ce lointain territoire deviendrait son ultime refuge après avoir été exterminée dans les terres orientales. En effet, le triomphe de la révolution abbasside en 750 mit un terme brutal à cette dynastie avec le massacre de ses principaux membres. Un des survivants, 'Abd al-Rahmân b. Mu'âwiya, petit-fils du calife Hishâm b. al-Malik, parvint à s'imposer comme émir d'al-Andalus en 756 après un long périple jalonné d'alliances et de conflits. Dès lors, al-Andalus échappa au contrôle du très récent califat abbasside installé en Irak.

Les premiers siècles du pouvoir omeyyade dans la péninsule furent marqués par de nombreuses révoltes remettant en question sa légitimité et qui culminèrent dans la seconde moitié du IXe siècle (870-880) avec une période d'anarchie (fitna). La consolidation définitive de l'état islamique d'al-Andalus se matérialisa en 929 quand 'Abd al-Rahmân III adopta le titre de calife. Bien plus qu'une simple déclaration de prestige face à Baghdad, il s'agissait surtout d'une arme politique pour affronter les califes fatimides chiites établis depuis le début du Xe siècle en Ifrîqiya (actuelle Tunisie). Sous son règne et celui de son fils, al-Hakam II, ce nouveau califat, dit " de Cordoue ", connut sa plus grande splendeur. Mais, en 976, le chambellan al-Mansûr s'arrogea le pouvoir, instaura un gouvernement militaire et prétendit perpétuer sa propre dynastie. L'éclatement s'avéra irrémédiable en 1009 : la guerre civile qui embrasa le pays, et dans laquelle s'opposèrent berbères, eslavons, arabes et mercenaires chrétiens, aboutit finalement à l'abolition du califat en 1031. Le territoire d'al-Andalus se fragmenta alors en de nombreuses principautés dirigées par des roitelets locaux (mulûk al-tawâ'if).

Tout au long de cette période le siège de la capitale fut Cordoue (Qurtuba), ancienne fondation romaine installée au milieu de plaines fertiles irriguées par le Guadalquivir. Cette ville déborda vite des limites de la madîna emmuraillée où se concentraient les principaux organes administratifs et religieux (grande mosquée, complexe résidentiel des émirs, souks, etc.) ainsi que des édifices publics (bains, funduk) et privés, pour s'étendre en périphérie en une vingtaine de faubourgs densément urbanisés et, en partie, planifiés. À son apogée, au Xe siècle, elle est le centre politique, économique et culturel le plus important d'al-Andalus, mais aussi la plus grande cité de toute l'Europe occidentale. Surnommée " la mère des villes ", elle provoqua l'admiration de ses contemporains, musulmans comme chrétiens.