En 632, la mort de Mahomet laisse la jeune communauté musulmane dans un certain désarroi. Le choix de son successeur donne naissance aux
premières scissions politiques entre les partisans d'une succession au sein de la famille du Prophète (Partisans de Alî, ils constituent ceux que l'on nomme les chiites.)
et ceux d'une succession au mérite (sunnites). À la suite du règne des quatre premiers califes, dits les biens guidés (rashidûn), le général
Mu'awiya s'impose et instaure en 661 le premier califat héréditaire du monde islamique.
La tâche prioritaire pour Moawiyya est de restaurer le pouvoir du calife, ébranlé par des années de luttes intestines. Il désigne, de son vivant, son fils Yazid pour lui succéder, assurant ainsi le pouvoir de la dynastie des Omeyyades. Même si le principe dynastique n'est pas reconnu de droit, le califat se transmet de fait à l'intérieur de la même famille, ce qui n'empêche ni les dissensions dans la communauté ni les rivalités.
Après la mort de Moawiyya, en 680, l'Empire omeyyade connaît une grave crise religieuse et politique: Husayn, le second fils d'Ali, tente de s'emparer du califat. En 680, il est massacré avec soixante-dix des siens à Karbala (en Irak), qui devient l'un des hauts lieux du chiisme; en 685, al-Mukhtar, fervent partisan d'Ali, conduit une autre révolte chiite et tente de renverser le pouvoir omeyyade; l'agitation des kharidjites est également une source constante de déstabilisation.
Le grand calife omeyyade Abd al-Malik (685-705) s'emploie à rétablir l'autorité. Il devient urgent de développer et de renforcer l'administration restée jusque-là très rudimentaire. Pour ce faire, il impose l'arabe comme langue administrative et crée une monnaie proprement arabe: le dinar d'or et le dirham d'argent.
Les provinces sont gouvernées par un wali - gouverneur civil et militaire -, nommé par le calife; il est secondé par un cadi, chargé de la justice et gardien de la Loi, et par un amil, chargé des ressources financières. Le système fiscal progressivement mis en place par les Arabes est complexe, car il tient compte à la fois des pratiques antéislamiques et des principes de la loi musulmane.
Le successeur d'Abd al-Malik, Walid Ier, fait construire la grande mosquée de Damas (705). L'expansion continue sous les deux califes suivants, qui conquièrent l'Espagne (711-712), la Transoxiane et les confins de l'Inde (vers 720).
Mais pour n'avoir pas su gérer les questions religieuses, les Omeyyades se heurtent à une vaste coalition. Celle-ci regroupe les chiites mécontents, des mawalis (musulmans d'origine non arabe dont le nombre croît rapidement du fait des conquêtes et des conversions) et les Abbassides, qui revendiquent le califat pour un descendant d'Abbas, un autre oncle de Mahomet. L'insurrection, dirigée par un affranchi iranien converti, Abou Mouslim, part du Khorasan, gagne rapidement le reste de l'Iran et l'Irak.
En 749, à Koufa, la citadelle chiite, les révoltés proclament calife Abou al-Abbas Abd-Allah (779-754), et remportent en 750 une grande victoire sur les troupes omeyyades au Grand Zab, un affluent du Tigre, puis massacrent Marwan II, dernier calife omeyyade, et sa famille. La révolution abbasside ouvre le règne d'une dynastie qui va durer de 750 à 1258.
Un seul membre de la famille échappera au massacre et fondera l'émirat de Cordoue (756), qui deviendra califat.