Mathilde d'Artois, dite Mahaut, est un personnage central de la transition entre Capétiens directs et Valois, une figure-charnière, tant d'un point de vue généalogique
que d'un point de vue historique. Petite nièce de Saint-Louis, arrière-petite-fille de Louis VIII, épouse du comte de Bourgogne, mère de deux des fameuses brus de Philippe le Bel, qui seront reines de France,
elle est aussi la tante de Robert d'Artois, qui l'accuse d'avoir usurpé le titre comtal, et ira souffler sur les flammes naissantes de la guerre de cent ans
Noircie avec délectation par la tradition, elle reste assez mystérieuse en réalité. Loin de sa réputation de manipulatrice incurable, on sait qu'elle s'est
consacrée avec passion à son immense domaine : elle ne se remarie d'ailleurs pas à la mort d'Othon, pour exercer elle-même le pouvoir. Son activité de
mécène a été réhabilitée par les travaux de Christelle Loubet, docteur en histoire médiévale.
La comtesse a multiplié les fondations pieuses : tympans de l'hôpital d'Hesdin et de l'abbaye des clarisses de Saint Omer, du couvent des dominicains à Thieulloye ; à
Gosnay, elle contribue à fonder deux chartreuses : le Val Saint-Esprit pour les hommes, le Mont Sainte-Marie pour les femmes. Ses multiples résidences reflètent l'importance
et la majesté qu'elle donne à son lignage royal : elle est la première femme pair du royaume. Elle disposait par ailleurs d'une bibliothèque de grande valeur.
A sa mort, en 1329, sous le règne de Philippe VI, sa fille Jeanne lui succède. Robert d'Artois est soupçonné de l'avoir empoisonnée, mais rien ne le prouve,
malgré toute la rancœur qu'il nourrissait contre sa tante (trois procès perdus, une insurrection ratée, bannissement et saisie de ses biens).