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Isidore de Séville (v 560 - 636)


Isidore de Séville, né à Carthagène et mort à Séville, était un religieux espagnol du VIIe siècle, qui fut évêque métropolitain de Séville, une des principales villes du royaume wisigothique, entre 601 et 636.

En 552, Carthago Nova (Carthagène) occupée par les troupes de Justinien (483-527-565), empereur byzantin, fut reprise et détruite par Athanagild (531-554-567), roi des Wisigoths d'Espagne. Sévérien s'enfuit avec son épouse et ses deux enfants, Léandre et Florentine, pour s'installer à Séville où ce couple d'hispano-romains eut, plus tard, deux autres enfants, Fulgence et Isidore, né après 560.

Léandre devint l'abbé du monastère de Séville, où il eut comme élève son tout jeune frère Isidore dont il fut le tuteur, leur père étant mort alors qu'Isidore n'était qu'un enfant. Léandre devint archevêque et occupa le siège archiépiscopal de la Bétique, en 576. Après avoir rejeté l'arianisme, il instruisit Récarède Ier (555-586-601), et présida, avec lui, le IIIe concile de Tolède, le 8 mai 589, au cours duquel la conversion du roi wisigoth au catholicisme devint officielle.
Isidore reçut ainsi une instruction très complète et, lorsque Léandre mourut, en 599/600, le clergé local suivit son souhait et élut Isidore comme évêque.

Havre de paix dans l'Occident de cette fin du VIe siècle, l'Espagne se trouve appelée à devenir comme le conservatoire de la culture antique ; la bibliothèque sévillane en est alors le centre le plus brillant. Tout en accordant une priorité aux grands écrivains chrétiens du IVe au VIe siècle, en particulier Augustin (354-430), Cassiodore (485-580), Grégoire le Grand (540- pape 590-604) - ce dernier fut l'ami personnel de son frère Léandre -, Isidore tente d'assumer cet immense héritage dans toute sa diversité. C'est pourquoi manuels scolaires et auteurs classiques s'associent, dans les sources de ses œuvres, aux Pères latins les plus anciens : Tertullien (155-222), Cyprien de Carthage (200-258), Hilaire de Poitiers (315-367), Ambroise (340-397).

Pendant son ministère, il eut le souci constant de la formation et de l'éducation des clercs. Il institua les écoles épiscopales sévillanes. Puisant dans la très riche bibliothèque de Séville et s'appuyant sur une équipe importante de copistes, il compila une somme énorme de connaissances visant à doter la nouvelle église catholique de solides fondations intellectuelles. Cette œuvre immense aborde tous les domaines.

Son œuvre majeure est Étymologies (Etymologiæ) constituée de vingt livres, qui propose une analyse étymologique des mots divisée en 448 chapitres. Par cette œuvre, il essaie de rendre compte de l'ensemble du savoir antique et de transmettre à ses lecteurs une culture classique en train de disparaître. Son livre a une immense renommée et connaît plus de dix éditions entre 1470 et 1530, ce qui montre une popularité continue jusqu'à la Renaissance. Sa méthode étymologique est un peu déconcertante : il explique un mot par des termes phonétiquement proches (voir sa définition du roi : Rex a recte agendo : on appelle " roi " celui qui agit droitement). La plupart de ces étymologies, dont se sont moqués bien des savants depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, veulent imprimer les mots facilement dans l'esprit du lecteur. Il contribue à la survivance durant le Moyen Âge de nombreuses œuvres antiques par sa technique de citation. Il joue un rôle considérable dans la constitution du bestiaire médiéval, notamment à travers le livre XI des Étymologies : De homine et portentis (L'homme et les monstres).

Parmi ses autres travaux, citons, dans le domaine de l'histoire : sa Chronique (une histoire universelle, qui reprend la Chronique de saint Jérôme), et son Histoire des Goths (De origine Getarum), dans le domaine de la lexicologie : De differentiis verborum et Synonyma. Il est également l'auteur de traités théologiques et d'une règle monacale (Regula monachorum). Beaucoup d'autres traités pourraient venir compléter cette liste ; les plus importants sont le De natura rerum, traité d'astrologie (entre autres) composé à la demande du roi Sisebut et le Liber numerorum (théorie des nombres, inspirée principalement de saint Augustin).

Isidore mourut à Séville le 4 avril 636, et en 653, le VIIIe concile de Tolède, convoqué par Receswinthe (653-672), le nommait doctor egregius.

Abû Amr Abbad, dit al-Motadid, ("Celui qui compte sur Dieu", 1016 - muluk al-tawaïf (émir) de Séville en 1042 - 1069), respectueux de la foi chrétienne, autorisa à Ferdinand Ier le Grand (1017- roi de Castille en 1035 et du León en 1037-1065), en 1063 le transfert, de Séville à León, des restes de saint Isidore, le grand docteur de l'Église wisigothique des VIe et VIIe siècles. Sur mandat de Ferdinand Ier, les évêques leonais et asturiens, Alvito et Ordoño, venaient chercher à Séville les reliques du saint docteur qui furent transférées dans l'église San Juan de Léon, désormais appelée San Isidoro

Il est canonisé à Rome en 1598 et déclaré docteur de l'Église en 1722.