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Le denier


Différentes monnaies d'or, d'argent et de cuivre circulaient en Gaule à la fin de l'Empire romain. Sous les mérovingiens ne subsiste guère que la monnaie d'or, sou et surtout tiers de sou, appelé aussi triens ou tremissis (à peine un gramme). Il s'agit d'imitations de pièces impériales romaines. Le triens d'or devient presque espèce unique au début du VIIe siècle.

Traditionnellement, l'or provient surtout de la Méditerranée, en particulier des monnaies de l'Empire byzantin. Mais vers 650, la géographie économique et monétaire se modifie au profit du Nord d'où viennent des monnaies d'argent anglo-saxonnes et frisonnes, les sceattas. En outre, l'or se fait plus rare et plus cher après la chute de l'Afrique byzantine et la prise de Carthage. Vers 675, le sou d'or est complété puis remplacé par une pièce d'argent : le denier, du nom de l'ancienne monnaie romaine d'argent. Douze deniers font un sou. Les pièces sont produites un peu partout et revêtent de multiples aspects. Le contrôle des monnaies semble échapper en grande partie au pouvoir royal mérovingien ; il sera au contraire l'un des symboles de l'autorité carolingienne. Les réformes monétaires byzantines et arabes, le succès des monnaies anglo-frisonnes ou l'exploitation de nouveaux gisements, imposent durablement l'argent comme principal métal monétaire.

Le denier d'argent, monnaie unique de l'Empire carolingien

Pépin le Bref et Charlemagne reprennent le contrôle de l'activité monétaire. Le pouvoir royal sur la monnaie est réaffirmé par un ensemble de règlements et de contrôles organisant sa fabrication et sa mise en circulation. En 754-755, l'édit de Ver-sur-Oise est une première tentative d'uniformiser le poids et l'aspect du denier d'argent franc.
En réalité, la marque de l'autorité royale ne figure systématiquement sur la monnaie qu'avec Charlemagne en 793-794. "Monnaie unique" de l'Empire carolingien, le nouveau denier au poids unitaire d'environ 1,70 g est le modèle, direct ou indirect, du monnayage occidental produit du IXe au XIIIe siècle.
La réglementation carolingienne insiste sur la qualité de la monnaie, et cherche à éviter la "fausse monnaie", et la thésaurisation ou la transformation en argenterie.
En prescrivant de tailler 240 deniers dans 1 livre d'argent, Charlemagne jette les bases d'un système monétaire et comptable qui persistera en France jusqu'à la Révolution : 1 livre = 20 sous ou 240 deniers ; 1 sou = 12 deniers. En complément, on introduit l'obole d'argent, qui correspond à un demi-denier.

Affirmation de l'autorité régalienne

Les monnaies de Pépin le Bref sont marquées du monogramme RP (Rex Pipinus) ou RF (Rex Francorum), le revers portant des types variés (figure géométrique, monogramme, nom d'atelier).

Sous Charlemagne, et à partir de 771, les deniers portent à l'avers la légende CARO-LVS, en deux lignes. A partir de la réforme de 793-794, les deniers portent le monogramme de Carolus entouré de la légende CARLVS REX FR, marquant ainsi l'empreinte du pouvoir régalien.
A partir de 812, après la reconnaissance par l'empereur d'Orient, Michel Ier, de son titre impérial, Charlemagne émet des deniers avec son buste lauré et drapé, comme sur les monnaies romaines, avec la légende KAROLVS IMP AVG.