Les pauvres, il faut bien
qu'ils vivent, puisque même la mort, ils ne peuvent la payer
comptant. Dans le titre, tout est dit, ou presque.
C'est avant le temps d'avant le voyage,
l'enfance et l'adolescence de Céline, dans le passage des
Bérésinas, dans le Paris du tout début du
XXè siècle. Face à des parents qui acceptent leur
sort quasi miséreux, qui les engloutit chaque jour un peu plus,
lui essaie de comprendre, il ne comprend pas ; il ne se rebelle pas, il
regarde seulement. C'est sans doute cette continuelle perte de temps
qu'on lui reproche, qui le laisse toujours décalé,
à la traîne, empoté.
C'est écrit comme du Céline, direct et sans fard, furieux
et sans complaisance aucune, truculent et argotique, juteux à
s'étouffer, ça jaillit par convulsions, comme d'une
artère béante. Ca remue tout sans égards, la
sueur, la merde, les tripes et le pus, les odeurs et les tripotages,
les turpitudes en chapelets, et pourtant la grâce est partout,
dans l'amour du beau et du vrai, dans les morceaux bruts d'une enfance
rude, le refus des modes et des industries. Et la lucidité,
implacable.
C'est riche et intelligent, drôle et violent à la fois. On
est "de l'autre côté de chez Swann", là où
c'est noir tout le temps. Il le dit lui-même : "Il y a de la
manie dans mon cas, de la partialité"
Pas si sûr