Accueil section moyen-âge

Les conciles œcuméniques

Les conciles œcuméniques (littéralement totalité de la terre habitée) sont la convocation et la réunion de l'ensemble des évêques de la chrétienté. Du fait de la division précoce du monde chrétien, seuls 7 conciles œcuméniques sont considérés comme tels par tous. La religion catholique en recence quant à elle 21.

Date Nom
Décisions / Commentaires
325 1 Nicée I
Le concile de Nicée I, outre qu'il est le premier concile œcuménique, présente la particularité d'avoir été décidé et convoqué par l'empereur, Constantin. Cette incongruité tient à la fois à la faiblesse relative du christianisme, qui sort à peine des persécutions, et à celle de l'empereur qui a fait cause commune avec lui : pour le religieux, mais surtout pour le politique, la division est un luxe qu'on ne peut tolérer.
Un peu plus de 200 évêques assistent au concile, parmi lesquels seuls 5 viennent d'Occident (le pape n'est d'ailleurs pas présent, représenté par l'évêque de Cordoue). Le chiffre traditionnel de 318 participants est purement théologique, et renvoie au 318 serviteurs d'Abraham

Décisions

A la suite des débats, au cours desquels Arius a pu exposer et défendre ses thèses, l'arianisme est condamné, et ceux qui ne l'abjurent pas sont excommuniés. Cette décision brutale ne coupera pourtant pas court à la doctrine arienne, qui persistera pendant plusieurs siècles, plus ou moins ouvertement. Ainsi est instauré le principe de confession de foi, que résume le credo de Nicée : "Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles ; et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné et s'est fait homme ; a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons aussi au Saint-Esprit." Ainsi naquit officiellement l'hérésie

Le concile fixe aussi la date de la fête de Pâques, qui sera dès lors célébrée le premier dimanche suivant la pleine lune de printemps.
381 2 Constantinople I
Comme celui de Nicée (325), le concile de Constantinople est convoqué par l'empereur (Théodose), dans un contexte de division : l'arianisme condamné autrefois, reste vigoureux, et une autre hérésie fait des adeptes : le macédonianisme, qui nie la divinité du Saint-esprit. Le concile réunit 150 évêques, tous orientaux. Les 36 évêques "macédoniens" ne siègeront pas..

Décisions

Le concile de Constantinople confirme les décisions de celui de Nicée. Le credo est complété pour souligner la divinité du Saint-Esprit (le Saint-Esprit "procède du Père...qui, avec le Père et le Fils, est conjointement adoré et glorifié"). C'est une condamnation de fait de la doctrine macédonienne et des hérésies voisines.

Le concile reconnaît la primauté d'honneur de Constantinople, juste derrière Rome, ce qui provoquera ultérieurement quelques tensions.
431 3 Ephèse
Le concile d'ephèse est essentiellement consacré aux hérésies : nestorianisme et pelagianisme surtout. Il est présidé par le patriarche Saint Cyrille d'Alexandrie et rassemble près de 200 évêques.

Décisions

Le concile d'Ephèse condamne les doctrines nestorienne et pélagienne. Nestorius est déposé de son patriarcat de Constantinople.
451 4 Chalcédoine
Le concile de Chalcédoine est une réaction au développement du monophysisme, défendu notamment par Eutychès et Dioscore (évêque d'Alexandrie). La diffusion de l'hérésie avait abouti au " brigandage d'Ephèse ", concile convoqué par l'empereur Théodose II, à la demande de Dioscore, tous deux favorables aux thèses d'Eutychès (449). Les opposants au monophysisme ne purent s'y faire entendre, et Flavien, l'évêque de Constantinople qui avait excommunié Eutychès, fut déposé, malgré le soutien pontifical.
Alerté par l'évêque de Constantinople, le pape avait alors rédigé le tome à Flavien de Constantinople : à l'affirmation selon laquelle la nature humaine du Christ est absorbée par sa nature divine, Léon 1er répond "L'union ne supprime nullement la différence des natures; au contraire, celles-ci restent sauves et se rencontrent en une seule personne, ou hypostase".

Il faut attendre la mort de Théodose II pour convoquer un concile régulier : le concile de Chalcédoine réunit le chiffre record de 343 évêques (dont 4 seulement pour l'occident)

Décisions

Le concile de Chalcédoine condamne le monophysisme, dépose Dioscore et condamne Eutychès et Nestorius. Par son 28ème canon, il met Rome et Constantinople sur le même plan, ce que le pape n'acceptera pas.
553 5 Constantinople II
Le concile Constantinople II est le fruit d'une période troublée, durant laquelle des hérésies dûment condamnées, non seulement survivent, mais aussi se font la guerre. Ainsi, le monophysisme rejeté par le concile de Chalcédoine (451) retrouve-t-il les faveurs de l'empereur Justinien (Via l'impératrice Théodora), en se posant comme rempart contre le nestorianisme ; l'empereur voit également dans sa bienveillance à l'égard des monophysites, un moyen de réunifier la chrétienté en les réintégrant peu à peu.

Grand empereur sur le plan politique et militaire, Justinien veut intervenir dans les affaires religieuses (c'est le césaro-papisme) : l'affaire des Trois-chapitres (condamnation par l'empereur d'une compilation d'écrits pseudo-nestoriens) marque le début de cette démarche. Devant le refus du pape Vigile de s'associer à sa condamnation, Justinien fait enlever et séquestrer le pontife pour lui forcer la main : n'y parvenant qu'imparfaitement, il pousse son interventionnisme jusqu'à convoquer le concile (553).
Vigile n'assistera pas à Constantinople II et sera même déposé le 26 mai. Ce sont 168 évêques, dont 10 occidentaux triés sur le volet, qui assistent au concile

Décisions

Le concile Constantinople II condamne comme prévu les Trois-chapitres, et publie 14 anathèmes anti-nestoriens. L'origénisme est également condamné comme hérésie

Commentaires

Premier concile œcuménique du moyen-âge, Constantinople II est un échec quasi complet de Justinien : son interventionnisme, qui ira jusqu'à imposer Pélage comme successeur de Vigile, n'aura réussi qu'à fragiliser l'Eglise pour plusieurs siècles, sans réduire la fracture monophysite.
680-681 6 Constantinople III
Le concile Constantinople III est le prolongement naturel de Constantinople II et de son impuissance à réunifier la chrétienté. Le péril extérieur rendait pourtant cette unité primordiale. C'est la volonté de trouver un compromis entre monophysites et orthodoxes qui déboucha sur une nouvelle doctrine, le monothélisme (ou volonté unique) : le Christ a bien deux natures distinctes, mais une seule volonté divine bien sûr : ainsi la nature humaine du Christ se voyait-elle réduite au rôle d'exécutant de la volonté divine ! Après de multiples péripéties, malentendus et violences, l'échec est patent ! Convoqué par l'empereur Constantin IV, le sixième concile oecuménique réunit 174 participants, dont 3 évêques occidentaux seulement.

Décisions

Le concile Constantinople III condamne le monothélisme.
691-692 6b Concile In trullo
Le concile in Trullo est le prolongement direct de Constantinople III, et n'est pas considéré comme un concile œcuménique à part entière. Il traite de discipline plus que de théologie. Convoqué unilatéralement par l'empereur Justinien II, il réunit 220 évêques, tous orientaux.

Décisions

Le concile in Trullo édicte 102 canons, qui traitent notamment du mariage des prêtres (en opposition avec les coutumes occidentales), des âges requis pour l'ordination, de la simonie, de l'avortement. Un canon est consacré aux icônes : il rejette toute représentation animale du Christ (allégories) pour privilégier la représentation humaine.
787 7 Nicée II
Le concile Nicée II est le premier à se consacrer à autre chose que le dogme pur (christologie, trinité) : il est motivé par l'interminable querelle des images et les persécutions des iconoclastes. C'est l'impératrice Irène, régente de son fils Constantin VI (mineur), qui convoque le concile.

Décisions

Le concile de Nicée II annule les dispositions iconoclastes du concile de Hiéria (Concile non-œcuménique, 754) et condamne l'iconoclasme : "l'image n'est pas le modèle, mais renvoie au modèle". Le concile distingue également le culte d'adoration, ou de lâtrie, réservé à Dieu seul, et le culte de vénération, ou d'honneur, admis pour les images, c'est-à-dire pour les représentations des saints.

Les conciles postérieurs au schisme (1054) ne sont plus considérés comme œcuméniques...

Le concile de Latran I, en 1123, s'efforce de lutter contre la simonie (trafic des fonctions ecclésiastiques et des actes du culte), contre le nicolaïsme (mariage et concubinage des prêtres), et contre l'inféodation (aliénation de biens d'Église à une autorité), dans le cadre de la Réforme Grégorienne. Il réaffirme son opposition à l'investiture laïque (nomination des évêques et des abbés par les rois) en approuvant le concordat de Worms. Convoqué en toute indépendance (de l'empereur) par le pape Calixte II, le concile de Latran I matérialise le renforcement du pouvoir pontifical et la fin d'une forme de césaro-papisme.

Le concile de Latran II, en 1139, reprend la lutte contre le nicolaïsme, proscrit l'usure et condamne Arnaud de Brescia (réformateur hostile au povoir temporel de l'Eglise) pour hérésie .

Le concile de Latran III, en 1179, condamne les cathares et appelle à une croisade contre eux. Il mène une réflexion sur le mode d'élection des papes (âge minimum, majorité des 2/3 des cardinaux). La gratuité des sacrements est réaffirmée. La vente d'armes aux Sarrasins est interdite, sous peine d'excommunication.

Le concile de Latran IV, en 1215, relance la lutte contre les hérésies, notamment contre les cathares. Il met aussi au point une discipline des sacrements, interdit l'ordalie. Le concile appelle à la croisade. Les Juifs et les Sarrasins se voient imposer le port d'une marque distinctive, pour éviter que par ignorance, des Chrétiens puissent avoir des relations sexuelles avec eux.

Le concile de Lyon I, en 1245, acte la déposition de l'empereur Frédéric II. Ce concile s'inscrit dans la lutte entre la papauté et le Saint Empire romain germanique. Le concile appelle par ailleurs à la défense de la terre sainte (croisade).

Le concile de Lyon II, en 1274, est un concile d'union entre l'Église catholique latine et l'Église grecque. Nouvel appel à la croisade.

Le concile de Vienne, en 1311-1312, décide la suppression de l'ordre des Templiers, réforme les ordres mendiants et condamne les spirituels franciscains.

Le concile de Constance, en 1414-1418, met fin au schisme d'Occident et dépose à la fois le pape Grégoire XII et l'antipape Jean XXIII. Le concile déclare avoir pleine autorité pour vivre sans pape, tenant cette autorité du Christ et disposant d'une juridiction universelle.

Le concile de Bâle-Ferrare-Florence qui se tient entre 1431 et 1445 proclame de nouveau que le concile est au-dessus du pape, et travaille à l'union avec les Églises d'Orient. Il s'agit du dernier concile du moyen-âge.