Abu Yusuf Yaqub ibn Ishaq al-Sabah Al-Kindi, plus connu en Occident sous son nom latinisé de Alchindius ou Al-kindi, est considéré comme le
premier philosophe (faylasuf) arabe. Après avoir fait des études à Bassora et à Bagdad, il bénéfice du mécénat des trois califes
mu'tazilite abbassides (dont Al-Ma'mun). Al-Kindi est un savant complet, dans des domaines très variés : philosophie, mathématiques, médecine, musique, physique,
astronomie.
Al-Kindi adopte la philosophie aristotélicienne, tout en la parant de platonisme. Dans son ouvrage "Philosophie première", il définit la métaphysique comme " la
connaissance de la Réalité Première, Cause de toute réalité ". La connaissance de la métaphysique est la connaissance des causes des choses, la
connaissance physique étant simplement la connaissance des choses. Comme Aristote, il distingue donc deux niveaux de réalité : la réalité matérielle,
considérée comme mouvante et instable sera source d'une connaissance inférieure. La raison devra se tourner vers l'immobile, l'immuable, source de la connaissance la plus
pure.
Al-Kindi développe, pour soutenir sa position, une preuve de l'existence de Dieu reposant sur la nécessaire finitude du temps : Selon lui, il est impossible d'arriver au temps
présent en franchissant une distance de temps infinie : donc, il y a nécessairement un début. Cette prémisse va lui permettre de démontrer l'existence d'une
cause première, qui sera parfaitement et nécessairement une, à la différence de toute chose.Dans cette perspective, Dieu ne pouvait être autre chose que le
Principe Premier de toute chose, l'Un vrai. Il est défini comme unique, nécessaire, non causé et infini.
Si Al-Kindi s'insère de plain-pied dans la tradition monothéiste, l'influence de la philosophie grecque va lui faire sentir la nécessité d'énumérer la
grande chaîne causale des êtres. Des agents intermédiaires vont faire leur apparition, et c'est ce qui vaudra à al-Kindi la colère des théologiens qui
réagirent violemment contre le concept d'une causalité 'seconde' et indirecte. C'est probablement sous l'influence de la philosophie grecque que Al Kindi adopte le
mu'tazilisme.
Al-Kindi est aussi un savant, employé par Al-Ma'mun à la Maison de la Sagesse (Baït al-hikma). Avec ses collègues Al-Khwarizmi et les frères Banu
Musa1, il était chargé de la traduction de manuscrits de savants grecs. Il semblerait qu'en raison de ses faibles connaissances en grec, il ait seulement
amélioré les traductions faites par d'autres, et ajouté ses propres commentaires aux œuvres grecques.
Al-Kindi écrit de nombreux ouvrages sur l'arithmétique, dont des manuscrits sur les nombres indiens, l'harmonie des nombres, la géométrie des lignes, les
multiplications, la mesure des proportions et du temps, les algorithmes.Il écrit aussi sur l'espace et le temps qu'il pense tous les deux finis. Selon lui, l'existence d'une grandeur
infinie conduit à un paradoxe et n'est donc pas possible.
Dans le domaine de la géométrie, il aborde la théorie des lignes parallèles. Il donne un lemme sur l'existence de deux lignes dans le plan, à la fois non
parallèles et sans intersection.
Deux de ses œuvres sont consacrées à l'optique, mais conformément à la pensée de l'époque, il mélange la théorie de la
lumière et celle de la vision.
Dans ses ouvrages sur la théorie musicale, il met en évidence que les sons qui produisent des accords harmonieux ont chacun une hauteur précise. Le degré d'harmonie
dépend de la fréquence des sons. Il sait aussi que la génération d'un son produit des ondes qui viennent stimuler l'oreille.
Il publie le premier ouvrage de cryptanalyse, (Manuscrit sur le déchiffrement des messages cryptographiques), retrouvé en 1987 dans les archives ottomanes d'Istanbul. Cet ouvrage
présente la technique d'analyse fréquentielle des lettres du texte chiffré.
En définitive, il aura écrit 290 ouvrages, généralement sous la forme de bref traités.
(1) Il s’agit de trois frères : Jafar Muhammad Banu Musa (vers 800-après 873); Ahmad Banu Musa (vers 805-après 873); al-Hasan Banu Musa (vers
810-après 873), mathématiciens, astronomes, mécaniciens. Ils se bâtissent une réputation sous les Abassides. Leurs travaux sont des traductions du grec, mais
aussi des œuvres originales.